GALERIE CHANTAL CROUSEL: Alain Séchas En attendant la chute - 12 Dec 2009 to 23 Jan 2010

Current Exhibition


12 Dec 2009 to 23 Jan 2010
Open from Tuesday to Saturday
11h-13h / 14h-19h
GALERIE CHANTAL CROUSEL
10 rue Charlot
75003
Paris
France
Europe
p: +33 1 42 77 38 87
m:
f: +33 1 42 77 59 00
w: www.crousel.com











Alain Séchas, Mexico, 2009
Acrylic on paper, mounted on canvas, 151 x 109 cm
Photo credit: Florian Kleinefenn
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Galerie Chantal Crousel

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Artists in this exhibition: Alain Séchas


Alain Séchas
12 décembre 2009 - 23 janvier 2010
En attendant la chute


Dix tableaux d’Alain Séchas. Dix tableaux de formats verticaux. Rien que cela. Pas de sculpture, pas de technologie, pas de son.
Pas davantage de chat, ni de martien. Pas de méthode Coué.
De la peinture acrylique sur papier soigneusement marouflé sur toile. Le bord blanc du papier est visible. La toile l’est aussi.
De la peinture, donc. Haute en couleurs. Des entrelacs où la forme se cherche jusqu’à épuisement. De la peinture fouillée et fouillis. Des images où, au premier regard, rien ne semble préconçu ou prémédité. Plutôt une perte de contrôle où le geste oscille entre virtuosité et maladresse, entre tension et relâchement: un voyage vertical qui ne manque pas de gravité.
Dix peintures, donc et dix titres improbables. Dix titres qui changeront sans doute jusqu’au dernier moment. Dix titres plutôt que des “sans titre”, mais des titres après coup. Après coup de pinceau, cela va sans dire.
Dix titres qui pourtant, dans l’instant où j’écris, m’aident à m’y retrouver, à m’appuyer sur eux pour y comprendre quelque chose. Alain Séchas ne nous a pas habitué à l’abstraction. Dix titres qui balladent: Porte d’Italie, Mexico, Cardinaux ou Hurons... J’en passe. Voyez vous-mêmes. Dix titres qui vous engagent à chercher des analogies entre ce qu’ils évoquent et ce que vous avez sous les yeux. Pas facile quand tout cela n’est pas franchement figuratif et qui plus est, si cela change dans l’instant, de déceler quelque chose. Séchas ne doit pas détester que cela pense vague, qu’on se trompe et que l’on soit désarçonné.
Dix peintures réalisées à même le papier scotché au mur de l’atelier. Exécutées plus ou moins vite, “selon la réussite”, dit Séchas. Au fait, c’est quoi “la réussite” d’une oeuvre d’art, aujourd’hui ? Quand donc est-ce que cela tient ? Quand donc passe-t-on à une autre ?
Dix peintures dont la vitesse d’exécution a sans doute été variable, peut-être inconstante. Différente en tout cas de celle propre aux sculptures de l’artiste, plus proche sans doute, de celle de certains de ses dessins.
Je regarde ces oeuvres. Je n’en connaîtrais pas l’auteur que je les trouverais enjouées et vivantes, presque joyeuses et allègres. Des grandes masses colorées, des entrelacs, des prouesses: l’homme a du savoir-faire. Il a la main habile. C’est donc Séchas qui fait ça ? Que se passe-t-il donc ? Où donc veut-il aller ? Où veut-il en venir ?
Ça et là émergent des éléments vaguement narratifs qui s’apparentent à ceux que je connais: des yeux, des formes ovoïdes, des mandibules improbables. Mais rien de la grammaire des oeuvres antérieures, toujours un peu bridées et tenues. Séchas se lâcherait-il ? Perdrait-il la causticité de cet humour à froid ? Tout cela effacé, gommé, liquéfié au point que je ne sache plus de quoi me parle ces tableaux ? Pas de bons mots, pas de caricatures.
Se débarrasser de ce que l’on sait faire. Désapprendre pour soi-même et celui qui regarde. Ne plus le rassurer de ce qu’au fil du temps et des rendez-vous des expositions, il avait fini par reconnaître mais l’installer dans ce que Roland Barthes appelle “la terreur des signes incertains”.
C’est vrai que je suis mal à l’aise. Ce ne doit pas être facile d’oublier ce que l’on sait faire. C’est aussi difficile dès lors, de tenter d’en parler. Je cherche. Il y a sans doute du Séchas là-dessous.
De toute façon, je n’écris pas ici pour parler du passé. Mais bien pour me confronter au présent. J’aime beaucoup ces tableaux. Je me demande d’ailleurs si je n’aime pas aussi le fait qu’ils me mettent mal avec moi-même, avec ce que je sais de l’oeuvre de Séchas. Ou que je crois savoir. Séchas, ce n’est pas facile. C’est souvent travesti en images simples et lisses. Séchas a souvent la violence du lisse.
Mais ici, pas du tout. C’est âpre et alerte à la fois. Plein de dénégations et de non-sens, plein de signes qui se font et se défont, qui semblent mis à l’épreuve de la peinture, qui négocient ou se diluent. Des signes qui font des coq-à-l’âne, qui dérapent et patinent, glissent et suintent. C’est physique.
Je pense à Mercier et Camier. Je les adore, ces deux-là. Leur but n’est guère précis: “il s’agit d’aller de l’avant”. Et je me dis qu’il doit y avoir ici quelque chose de semblable. Quelque chose de très loin d’un jeu langagier gratuit et l’envie que la pratique de la peinture devienne une façon de mettre en lumière, par l’absurde, ses enjeux habituels. Il y a ici des sauts de ligne, des trous et des reprises, des affirmations qui se muent aussitôt elles-mêmes en contradictions.
Dans Malone meurt, Beckett écrit: “Et chacun a ses raisons tout en se demandant ce qu’elles valent, et si ce sont les bonnes, pour aller là où il va plutôt qu’ailleurs, plutôt que nulle part”... Il doit y avoir de cela dans les tableaux qu’Alain Séchas peint aujourd’hui debout, face à lui-même et dos à ce qu’il fit. Oui, c’est ça. Peindre pour éviter d’avoir mal au dos. En attendant la chute.

Bernard Blistène
décembre 2009




Alain Séchas
December 12, 2009 - January 23, 2010
Until the Fall


Ten paintings by Alain Séchas. Ten vertical formats. Nothing else. No sculpture, no technology, no sound.
And no cats either, no Martians. No Couéism.

Acrylic paint on paper meticulously mounted on canvas. The white edge of the paper is visible. So is the canvas.

So, painting. Very colourful paintings. Interlacings in which the form chases its tail until it’s out of breath. Detailed painting, dense and devious. Images in which, at first glance, nothing seems preconceived or premeditated. Rather, a loss of control with gesture oscillating between virtuosity and awkwardness, between tension and release: a vertical journey not lacking in gravity.
So, ten paintings, and ten unlikely titles. Ten titles that will no doubt keep changing until the last minute. Ten titles rather than “untitleds,” but titles taken after the event. After the event of painting, it goes without saying.

Ten titles however, that, as I write, help me find my way. I can refer to them in order to understand something. Séchas didn’t get us used to abstraction. Ten titles that go walkabout: Porte d’Italie, Mexico, Cardinaux and Hurons. And others I won’t mention. See for yourself. Ten titles that induce you to seek analogies between what they evoke and what you can see. That’s not easy when this really isn’t figurative and, on top of it all, if they change the moment you’re on to something. If our thoughts are vague and we make mistakes and get confused, I guess that must be just fine with Séchas.

Ten paintings executed on paper taped to the studio wall. Painted fairly fast, “depending on the degree of success,” says Séchas. But then what is the “success” of a work of art nowadays? When does the thing start to hold together? When do you move on to the next one?

Ten paintings whose speed of execution was no doubt variable, perhaps inconsistent. Different, at any rate, from that of the artist’s sculptures; closer, no doubt, to that of some of this drawings.
I look at these works. If I didn’t know who the author was I would find them jaunty and lively, almost joyous and light-hearted. Big colourful masses, strapwork, consummate skill: the man has technique. He has a deft hand. So it was Séchas who did that? What’s going on? I wonder. What is he getting at?

Here and there vaguely narrative elements emerge, close to things I know: eyes, ovoid forms, unlikely mandibles. But gone is the grammar of the earlier works, which are always somewhat restrained and subtle. Is Séchas letting go? Is he losing that caustic, deadpan humour of his? All that is effaced, erased, liquefied, so much so that I just don’t know what these paintings are saying to me? No witticisms, no caricatures.

Ridding oneself of one’s accomplishments. Unlearning, both for oneself and for whoever is looking. Not reassuring him with what, over the years and at the shows, he had learned to recognise, but instead placing him before what Roland Barthes called “the terror of uncertain signs.”
It’s true, I’m uncomfortable. It can’t be easy to forget a skill. And it is just as difficult to try and talk about it. I keep looking. There must be some Séchas under all this.

Besides, I am not writing just to talk about this past, but to address the present. Exactly. I like these paintings a lot. In fact I wonder if another thing I like isn’t the fact that they make me uncomfortable and go against what I already know about Séchas’s work. Or what I think I know. Séchas is not easy. His work is often reduced to smooth, simple images. Séchas often has the violence of smoothness.

But there’s none of that here. It is both rough and lively. Full of denials and nonsense, full of signs forming and coming apart, seemingly put to the test by painting, negotiating or becoming diluted. Signs with the semantic fidgets, signs that slip and skate and sweat. It’s a physical thing.
I think of Mercier and Camier. I love them, those two. Their goal is not precise. “All we have to do is press forward.” And I think to myself that something similar must be going on here. Something far from gratuitous word games, and the desire that the practice of painting should become a way of revealing what is at stake by its very absurdity. Here there are lines that jump, holes, resumptions and affirmations that suddenly switch to contradictions.

In Malone Dies, Beckett writes: “And each one has his reasons, while wondering from time to time what they are worth, and if they are the true ones, for going where he is going rather than somewhere else.” There must be something of that in the pictures that Séchas is painting these days – standing up, facing himself with his back to what he has done. Yes, that’s it. Painting so as not to get backache. Until the fall comes.

Bernard Blistène
December 2009